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Paco de Lucía

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Biographie

« Je m'appelle Paco de Lucia, d'après le prénom de ma mère : Paco, le fils de Lucia. »  Francisco Sánchez Gómez est né le 21 décembre 1947 à Algésiras, dans le sud de l'Andalousie. Les « Paco » sont légion à jouer dans les rues. Aussi, est-il d'usage de les différencier en ajoutant le prénom de leur mère. «

Avant même de poser les doigts sur un manche de guitare, je connaissais tout du flamenco : les rythmes les plus complexes, le langage ». Il est le benjamin d'une famille de musiciens : ses frères Ramon de Algeciras et Pepe de Lucia mèneront une carrière de guitariste, pour l'un, et de chanteur de flamenco, pour l'autre. Il reçoit ses premières leçons de son père, ouvrier dans une usine le jour et  guitariste dans les auberges le soir. Après leur travail, les « tocaores » prolongent les nuits festives dans le patio de la maison familiale. Le petit Paco de Lucia peaufine technique et dextérité à leur contact. Il quitte définitivement l'école à 9 ans et consacre 10 à 12 heures par jour à la musique pour subvenir aux besoins de la famille. Ce travail d'apprentissage acharné finit par payer. Il donne sa première représentation à la radio locale d'Algésiras en 1958. À 11 ans, sa prestation est stupéfiante et sa technique sensationnelle. Un an plus tard, il accompagne son frère Pepe au concours Certamen Flamenco de Jerez. Le public découvre un musicien prodigieux qui a déjà saisi les nuances et les subtilités du flamenco, El Duende. Un prix, spécialement créé pour saluer le talent du jeune artiste, lance sa carrière. La bourse obtenue permet d'enregistrer le premier album en duo avec son frère : Los Chiquitos de Algeciras en 1961.

Entre itinérances et rencontres

Doté d'une rare virtuosité, le jeune Paco de Lucia est engagé par la compagnie du célèbre danseur José Greco. Il a juste 14 ans. Avec la troupe, il parcourt les scènes internationales et côtoie les grands maîtres du flamenco comme Mario Escudero ou Sabicas. Très vite, performances scéniques et enregistrements se succèdent : deux albums avec Ricardo Modrego en 1965 et plusieurs avec son frère, Ramon de Algeciras. En 1967,, l'artiste publie son premier album personnel La Fabulosa Guitarra de Paco de Lucía. Dès lors, les enregistrements solo s'enchaînent : Fantasia Flamenca en 1969 et surtout El Duende Flamenco de Paco de Lucía en 1972 ; Fuente y Caudal en 1973 et Almoraima en 1976, sur lesquels son empreinte est plus évidente.

Le guitariste réinvente son jeu à chacun de ses albums et développe son propre style, mêlé d'audaces et d'une extrême sensibilité. 1978 marque sa rencontre avec le chanteur et ami Camarón de la Isla. À eux deux, ils forment le tandem le plus influent de toute l'histoire du flamenco, lui offrant ses heures les plus enflammées. « En tournée, nous partagions la même chambre d'hôtel. Nous étions très créatifs et avions de grands rêves. Je préférais le chant à la guitare. Pour lui, c'était l'inverse. Parfaitement complémentaires, nous improvisions des nuits entières. »  Neuf albums naîtront de cette complicité avant la disparition du chanteur, en 1992. Toutefois, c'est l'album Fuente y Caudal, avec la mythique rumba « Entre Dos Aguas », fruit du hasard d'une improvisation en studio, réédité en 1986, qui l'érigeront définitivement l'ambassadeur mondial du flamenco.

L'empreinte d'un style

Paco de Lucía opère une authentique révolution sur la scène traditionnelle en lui insufflant un vent de modernité par l'introduction, entre autres, d'instruments improbables comme le saxophone, la basse ou le cajon, qui deviendra un incontournable de la musique flamenca. L'oeuvre de Paco de Lucía déroute autant par sa richesse et sa diversité que par l'exaltation de ses origines, qu'elle revendique avec fougue. « Je suis un guitariste de flamenco » affirme-t-il, « avec une main sur la tradition et l'autre qui fouille, qui cherche autre chose... ». C'est cet esprit de recherche, ce goût du risque qui le conduisent à visiter des univers aussi différents que le jazz ou la musique classique. Il adapte et enregistre notamment des pièces de Manuel de Falla en 1978 et, quelques années plus tard, en 1991, il propose une interprétation exceptionnelle de l'oeuvre majeure de Joaquín Rodrigo, le Concerto d'Aranjuez, saluée par le compositeur en personne.

Entre-temps, il se frotte au jazz en s'associant à Larry Coryell, Chick Corea ou encore John McLaughlin et Al di Meola, avec lesquels ils forment un trio resté dans l'histoire de la guitare. L'album Friday Night in San Francisco, sorti en 1981 à l'issue d'une tournée mondiale, constitue la meilleure vente pour un disque de guitare instrumental. En 1998, le « tocaor » ose enfin le chant et pose sa voix dans Luzia. Bouleversant d'intensité, il chante en l'honneur de sa mère et en hommage à son complice Camarón de la Isla, mort six ans plus tôt. « J'ai toujours peur de me répéter. J'ai besoin de montrer que j'ai toujours quelque chose à dire avec la guitare. »

Résidant à Palma de Majorque jusqu'à ses derniers jours, Paco de Lucia est mort d'une crise cardiaque survenue sur une plage de Cancùn, au Mexique, le 25 février 2014, alors qu'il séjournait avec ses enfants. Il était âgé de 66 ans.

Guitare et Flamenco

Pendant plus de 30 ans, Paco de Lucía n'a cessé d'explorer et de repousser les limites d'un genre. Et quels que soient ses apports, le flamenco est devenu, entre ses doigts, résolument sublime et moderne. Ses confrontations avec l'improvisation, le jazz, le classique, son insatiabilité musicale on enrichi son oeuvre et offert des pistes d'expérimentation aux jeunes guitaristes en quête de renouveau. Grammy Award du meilleur album de flamenco en 2004 avec Cositas Buenas, meilleur album de jazz latin en 2005 (Bilboard Latin Awards), l'artiste a transcendé tous les genres et s'est imposé comme le « plus universel » des musiciens de flamenco. En 2004 encore, l'Espagne l'ordonna « Principe de Asturias de las Artes », une des plus hautes distinctions hispaniques. Plus qu'un prince, Paco de Lucía demeure une légende.