Artist picture of Procol Harum

Procol Harum

24 036 fans

Artistes similaires

Playlists

Biographie

Gary Brooker, né en 1945, débute les cours de piano à 11 ans. Son professeur constate qu'il préfère plutôt jouer du Ray Charles que du classique. Compréhensif, il enrichira ses cours avec des morceaux du grand chanteur américain. Brooker en tire la conclusion que Bach et Ray Charles ont peut-être quelque chose en commun. A la fin des années 50, Gary Brooker forme The Paramounts, avec Barry J. Wilson, Robin Trower à la guitare, et un autre musicien destiné à rejoindre Procol Harum plusieurs années après sa formation : le bassiste Chris Copping. Les Paramounts jouent essentiellement du rhythm 'n' blues, un genre alors très en vogue, beaucoup de reprises, enregistre quelques singles et un album, et tourne même avec les Rolling Stones.

En 1966, Gary Brooker quitte The Paramounts en pleine désagrégation. Lassé de ce genre musical, il cherche un projet neuf. Il rencontre alors Keith Reid, qui désire faire connaître les poèmes qu'il écrit et laisse à Gary l'un de ses textes. Le lendemain, il lui téléphone pour lui demander ce qu'il en a pensé. Gary lui répond qu'il a déjà posé une chanson sur ses mots et qu'il aimerait lui faire entendre. Le tandem Brooker-Reid, signataire de la plus grande partie des morceaux du futur Procol Harum, vient de naître. Dans un premier temps, les deux jeunes hommes ne pensent pas enregistrer leurs chansons eux-mêmes. Ils les proposent à d'autres artistes tels que Dusty Springfield ou les Beach Boys, mais tous refusent. Arrivés à la conclusion qu'ils seront les seuls à vouloir jouer leurs morceaux, Brooker et Reid recrutent des musiciens : Robin Trower reprend la guitare, B.J. Wilson la batterie, et David Knights les rejoint à la basse. Une petite annonce passée dans le Melody Maker par un organiste intrigue Brooker. C'est ainsi qu'il rencontre Matthew Fisher, très imprégné par la musique baroque, et qui joue de l'orgue et du clavecin. A l'avenir, Fisher signera quelques compositions, parfois avec Brooker. Il est recruté comme membre à part entière du groupe, tout comme Keith Reid, bien que ce dernier ne joue d'aucun instrument. Ami du groupe, l'animateur radio Guy Stevens téléphone à Brooker pour lui suggérer une idée de nom : il vient d'apprendre qu'un chat de son quartier porte un pedigree du nom de Procol Harum, ce nom étrange plaît au groupe qui l'adopte aussitôt.

Les répétitions commencent. Gary Brooker interprète un nouveau morceau, David Knights : « c'est un tube ! », Brooker : « non, juste une de nos chansons... ». Cette chanson s'appelle « A Whiter Shade of Pale », dont les cinq premiers accords et la ligne de basse descendante sont inspirés de l'air sur un accord de sol de la suite en ré majeur de Bach (BWV 1068). Produite par Denny Cordell (The Moody Blues) qui veut un « slow » dans la lignée de « When A Man Loves A Woman » de Percy Sledge, elle sort en single, devient un tube immense en France (il y est d'ailleurs le premier 45t étranger à inclure seulement deux titres), puis au Royaume-Uni, et enfin dans le monde entier. C'est l'été 1967, Procol Harum vient d'écrire le majestueux slow planétaire et inoxydable du fameux «summer of love». Il est suivi en octobre d'un autre hit, « Homburg », tout aussi cérémonieux.

Enthousiaste, le groupe sort un album éponyme avant la fin de l'année, dont la première édition ne contient pas les deux hits. Le premier quintette Procol Harum ne manque pas d'originalité pour son époque. La présence de Keith Reid, parolier officiel, est alors une première. Il pose avec les musiciens sur toutes les photos. La présence de deux claviers constitue également une nouveauté. Brooker ne quitte jamais le piano, et Fisher ne joue que de l'orgue ou du clavecin. Les deux instruments peuvent être joués soit en tant qu'instrument baroque, soit avec un style blues. Ils s'enrichissent régulièrement de contrepoints. Le jeu de batterie de Wilson est excellent et typique de l'époque, très rapide, syncopé et épais. La guitare électrique est très marquée par les sixties, elle tente de sonner Hendrix avec peu de conviction. Les compositions de Procol Harum sont résolument pop, avec cette influence classique qui assurera le succès à d'autres groupes de l'époque, de Iron Butterfly aux Moody Blues. Deux titres magnifiques illuminent l'album et deviendront des classiques : « Conquistador », et le sombre « Repent Walpurgis ».

Le groupe sort son deuxième album un an plus tard, Shine On Brightly. Le succès retombe aussitôt au Royaume-Uni, où le groupe n'aura plus jamais aucune audience et rares sont les pays qui acceptent de suivre Procol Harum au-delà de « A Whiter Shade of Pale ». Les Etats-Unis en font partie, et outre-atlantique Shine On Brightly sera aussi bien reçu que le Sergeant Pepper's des Beatles. Le marché américain assure sa pérennité au groupe qui récidive en 1969 avec A Salty Dog. C'est l'album le plus collectif du groupe, où tous les musiciens collaborent à l'écriture. Musicalement, le virage amorcé avec Shine On Brightly (plus expérimental et plus progressif que le premier album) continue : Procol Harum est plus subtil dans ses mélodies, et s'adjoint un orchestre à cordes. « The Devil Came From Kansas », « Crucifiction Lane » et surtout le splendide morceau d'ouverture aux paroles énigmatiques « A Salty Dog », avec ce vers qui est osé pour l'époque : « How many moons and how many junes have passed since we made love ».

Avant la sortie de cet album, Matthew Fisher quitte le groupe, suivi par David Knights, laissant Brooker et Reid à l'écriture. Chris Copping un ancien des Paramounts est recruté pour les remplacer tous les deux, il est à la fois organiste et bassiste sur l'album Home produit par Chris Thomas en 70 où l'orgue ne prédomine plus à l'avantage de la guitare de Trower. Signe des temps avec l'éclosion des groupes « heavy » à guitares et inspiration bluesy. Symptomatique est en effet le refus du groupe de ne plus jouer « A Whiter Shade of Pale » sur scène afin de se démarquer de ce boulet qu'il traîne depuis trois ans. Ici intervient le récit d'un enregistrement mythique resté longtemps l'un des grands mystères de l'histoire du rock anglais. Avant de débuter les séances de Home aux studios Abbey Road, le groupe s'échauffe sur des classiques du rock 'n' roll et du rhythm 'n' blues, tels que les jouaient les Paramounts. Chris Thomas envoie des extraits de la bande originale (enregistrée « live » en studio, sans « overdubs ») au dj Roger Scott, qui officie dans la station de radio indépendante Capital, et celui-ci les diffuse sans mentionner le nom du groupe réel mais sous le nom d'un pseudonyme, Liquorice John Death; la réaction est enthousiaste, et le petit monde du rock britannique essaie de deviner en vain qui se cache derrière ce nom. Mais Scott décède et la bande est égarée. Une copie de sauvegarde ne sera découverte que bien des années plus tard, et le cd Ain't Nothin' To Get Excited About par L.J.D. n'est édité qu'en 2002. Ce pseudo (et le titre) avait été inventé par un fan des Paramounts, qui s'est ensuite suicidé à sa sortie d'un hôpital psychiatrique ; « For Liquorice John » sur l'album Grand Hotel lui est dédié. Les reprises sont épatantes, et Robin Trower y brille particulièrement. Mais il quitte le groupe après la sortie de ce que beaucoup considèrent comme le meilleur album du groupe à juste titre, et l'un des musts de la carrière de Chris Thomas, Broken Barricades, paru en juillet 1971. Enregistré dans la foulée d'une tournée américaine, le son est donc plus lourd, la basse est produite par le claviers de Chris Copping (à l'instar des Doors), plus de liberté est donnée à B.J. Wilson et Robin Trower, et la voix magnifique de Gary Brooker n'a jamais été aussi bien capturée. Il écrit d'ailleurs « Memorial Drive » pour son guitariste, un riff imparable dont les amateurs conjoints, s'il en fût, de Procol Harum et Deep Purple se souviendront lors de la découverte de « Smoke On The Water » de ce dernier, paru... un an plus tard...


Robin Trower parti en solo et remplacé par Dave Ball, le groupe met alors au point un concert grandiose avec le Edmonton Orchestra canadien et des choeurs classiques. Chris Copping se concentre sur les claviers et Alan Cartwright prend la basse. Il restera membre du groupe après le concert, mais c'est Mick Grabham qui tient la guitare sur l'album Grand Hotel (1973). Procol Harum est alors devenu un groupe de rock progressif, avec de fortes influences classiques, des solos de guitare et des roulements de batterie. En 1975, Grabham et Wilson font partie des musiciens qui enregistrent la B.O. du légendaire film The Rocky Horror Picture Show.

À partir de 1975, la qualité des compositions s'effrite. En 1977, Alan Cartwright quitte le groupe, Chris Copping reprend la basse et Pete Solley le remplace à l'orgue. Le légendaire orgue Hammond est remplacé par un synthétiseur Yamaha, les sons électroniques font leur apparition, et l'inspiration de Brooker semble se tasser. Après un album cédant à la pompe et la facilité, Something Magic, le groupe se dissout. La même année, «A Whiter Shade Of Pale» est consacrée meilleure chanson pop britannique depuis 1952, conjointement avec «Bohemian Rhapsody» de Queen.

Dans les années 1980, Gary Brooker travaille comme musicien de studio ou de scène avec des artistes tels que son partenaire de pêche Eric Clapton, et tente l'aventure solo. Procol Harum ne se reforme qu'en 1991. Brooker et Reid apportant leur lot de compositions, Fisher, Trower, Knights les rejoignent pour enregistrer The Prodigal Stranger. Manque B.J. Wilson, l'un des meilleurs batteurs anglais, décédé des suites d'une pneumonie en 1990. L'album est suivi d'une tournée au succès mitigé. Nombreux sont ceux qui arrêtent l'existence de Procol Harum au seul « A Whiter Shade of Pale ». Pourtant, la suite de leur carrière recèle de véritables trésors, à l'image de la pièce « In Held 'twas in I » extraite de Shine on Brightly (1968) ou de la remarquable prestation publique avec l'Orchestre symphonique d'Edmonton, parue en 1972, et une nouvelle réunion en 2003 pour l'inégal The Well's on Fire.

Quatorze ans après, Gary Brooker réunit autour de lui Josh Phillips, Geoff Whitehorn, Matt Pegg Geoff Dunn et un nouvel auteur en la personne de Pete Brown (Cream, Pete Brown & Piblokto), pour l'enregistrement de Novum (2017), le premier album à ne pas comprendre de textes écrits par Keith Reid.