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DJ Shadow

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Playlists

Biographie

Né à San José, en Californie (États-Unis), le 29 juin 1972, Joshua Paul Davis est dès l'âge de neuf ans happé par le mouvement hip-hop émergeant. Il se distingue grandement de ses camarades blancs, tous versés dans le hard rock dominant des années 1980. Passionné par les scratches, les breaks et autres collages élaborés à partir de deux platines par les DJ du hip-hop, c'est déjà un acheteur compulsif de vinyles, y cherchant la matière qui va lui permettre de sélectionner ses sons les plus novateurs, à l'instar des maîtres du genre DJ Kool Herc, Afrika Bambaataa, Grandmaster Flash et les plus obscurs Double Dee & Steinski (« Lesson Mixes »).

Ne s'imposant aucune restriction de style, il pioche aussi bien ses breakbeats dans le funk et la soul que dans le blues, le folk, le rock garage et même la musique classique et la salsa. Dès l'adolescence, cette culture encyclopédique le pousse à affirmer une grande sensibilité rythmique et à élaborer ses propres compositions sur une console « quatre pistes » rudimentaire. Ses modèles en rap ont pour noms à l'époque Run-D.M.C. (le morceau « Peter Piper »), Eric B. & Rakim, Ultramagnetic MCs et le collectif Bomb Squad, architectes sonores du groupe révolutionnaire Public Enemy.

À partir de 1989, Josh Davis anime régulièrement des émissions sur diverses « college radios ». Son don déjà évident pour le mix lui ouvre les portes d'une grosse radio de la côte Ouest, KMEL, où il anime une émission qui, en quelques mois, est suivie par deux millions d'auditeurs. Cette reconnaissance publique lui vaut la proposition enthousiaste de Red Alert, le management d'A Tribe Called Quest, d'intégrer la toute nouvelle maison de disques Hollywood Basic. Il n'y sort que quelques morceaux sous forme de « white labels » et autres publications confidentielles, tel le prometteur « Shadow's Legitimate Mix », sous le pseudo de Zimbabwe Legit.

Vers 1993, Josh Davis crée le collectif Solesides qui regroupe des rappeurs de San Francisco comme Blackalicious (Chief Xcel et The Gift of Gab) et Lateef the Truth Speaker, ainsi qu'un producteur talentueux du nom de Dan the Automator. Les trois MC se caractérisent par des phrasés singuliers et des textes élaborés et politisés, éloignés des clichés « gangsta » en cours à l'époque dans le rap « West Coast » qui domine les charts. C'est le désormais sous le nom de DJ Shadow qu'il confectionne tous les instrumentaux. Les ventes plafonnent à 20 000 exemplaires, entraînant un succès underground et l'attention du tout jeune label anglais Mo' Wax, à la croisée du jazz, du hip-hop et de la soul. Son fondateur James Lavelle, âgé d'à peine 18 ans, est séduit par le morceau instrumental « Entropy », paru sur Solesides, mais les titres « In/Flux » et surtout « Lost and Found » l'impressionnent particulièrement avec le sample de batterie de « Sunday Bloody Sunday » de U2. Ces deux titres sélectionnés comme premiers simples du label deviennent la carte de visite de Mo' Wax et de l'artiste. En 1994, la compilation Headz de Mo' Wax fait connaître au monde entier le hip-hop instrumental, ou « abstract hip-hop », de DJ Shadow. Ses morceaux sombres et ralentis donnent naissance à de nouveaux styles baptisés « downtempo » et « trip-hop » dans les colonnes du magazine spécialisé Mixmag. La dernière expression fait rapidement florès.

Toujours inscrit à la fac de psychologie, Josh Davis s'endort un soir sur un de ses livres et se réveille sur le chapitre « What does your soul look like? ». Cet intitulé énigmatique fournit le titre d'une suite emblématique de 32 minutes en quatre parties qui devient vite la meilleure vente du label Mo' Wax en maxi. DJ Shadow s'y exprime sur un format long : la variété des ambiances, le travail intense de recomposition des samples et la pertinence des scratches  le consacrent comme l'un des grands noms de la musique électronique. Statut un peu pesant pour l'artiste qui sait que sa démarche si travaillée et exemplaire s'inscrit dans une longue tradition de recherche musicale en hip-hop instrumental. DJ Shadow s'attelle à son premier long-format et travaille pour son label Solesides instrumentaux du premier album du duo Latyrx et du mini-album Melodica pour le groupe Blackalicious. La patte du producteur y est reconnaissable tout en étant plus directe et rythmée.

En 1996 sort enfin le premier album de DJ Shadow, malicieusement intitulé Endtroducing....., véritable coup de maître tant par la richesse des (nombreux) samples, l'absence de vocaux et la cohésion du propos : aucun temps de relâche dans ce disque qui sonne comme la bande originale urbaine d'un film imaginaire. Distribué par la major Universal, ce jalon du label Mo' Wax trouve une audience mondiale bien au-delà du public hip-hop : l'album est plébiscité par les radios indépendantes et les médias branchés anglais. Deux ans plus tard, la compilation Preemptive Strike réunit ses premiers maxis ainsi que son tout nouveau titre, le très garage « High Noon ».

Impressionné par la renommée ahurissante de son artiste, le patron du label Mo' Wax James Lavelle sollicite Josh Davis pour rentrer dans son collectif UNKLE, ensemble à géométrie variable qui expérimente hip-hop, techno et funk. DJ Shadow devient le coordinateur et compositeur musical du premier long format de UNKLE, dont les ambitions pharaoniques sont de créer un équivalent moderne et pop au séminal Blue Lines de Massive Attack (1991). Thom Yorke de Radiohead, Richard Ashcroft de The Verve et les rappeurs Kool G Rap et Mike D des Beastie Boys viennent poser sur les instrumentaux lyriques et mélodiques de DJ Shadow, qui fournit un travail intense lors des séances.

Malgré ces vedettes, la promotion coûteuse de l'album et une bonne reconnaissance critique, le résultat intitulé Psyence Fiction (1998) n'est pas accueilli à sa juste valeur et les ventes se révèlent décevantes. À la suite de ce semi-fiasco, Universal met en veilleuse l'unité Mo' Wax durant plusieurs années. Dépité, DJ Shadow se retire de l'aventure UNKLE et prend ses distances vis-à-vis de James Lavelle, mais reste sur Mo' Wax. En 1999, il permute sa structur Solesides et es propres productions dans un tout nouveau label baptisé Quannum, qui comprend déjà Blackalicious et Latyrx. La double compilation Greatest Pumps introduit la nouvelle maison de disques distribuée par Ninja Tune dans le registre « downtempo », créé par le duo Coldcut en 1993.

La même année, DJ Shadow revient au mix en compagnie d'un autre maître des platines, le DJ Cut Chemist, « beatmaker » des très estimés rappeurs Jurassic 5. Ensemble, ils vont sortir les sélections mixées Brainfreeze (1999) et Product Placement (2001). Le panel des titres va chercher dans les références obscures du funk, du hip-hop et du rock psychédélique, combinées avec des bruitages du quotidien et des jingles en tous genres. Regonflé par cette expérience, DJ Shadow fonce dans son studio préparer son très attendu deuxième album.

En juin 2002 sort sur Mo' Wax The Private Press. On retrouve la palette très large du producteur, sa maîtrise des beats et des ambiances dans un contexte moins noir et plus festif. Un noyau de fans est déçu de ne pas retrouver un Endtroducing..... volume 2, mais The Private Press se révèle tout aussi bon, renouvelant le son de l'artiste avec un « Monosylabik » digne d'un Aphex Twin. En 2003, DJ Shadow sort un nouveau mix, Diminishing Return, plus axé hip-hop et basé sur une sélection éclectique et érudite du genre : on y trouve un inédit « War and Hell ». Dans la tournée mise en route pour soutenir Private Press, le dispositif scénique mélangeant platines vinyles et CD avec des visuels vidéo très soignés enthousiasme les publics du monde entier. Pour graver la performance, DJ Shadow sort en juin 2004 le remarquable DVD In Tune and On Time.

En 2006, quitte à déconcerter tous ses fans, DJ Shadow sort son troisième album, The Outsider. Contrecarrant les précédents qui ne contenaient que des samples, celui-ci s'illustre par de nombreuses collaborations vocales dont celles des rappeurs David Banner, Keak Da Sneak, E 40, Q-Tip, les chanteurs de Kasabian et un certain Chris James. La présence de morceaux rap dans le style très brut de San Francisco (dit « hyphy ») hérisse les fans d'Endtroducing..... et l'inclusion de « chansons » plutôt pop rend les autres fans encore plus perplexes.

Soucieux comme à son habitude de violenter ses vieux réflexes de producteur, DJ Shadow livre un album très ouvert et audacieux, prouvant sa constante quête de renouvellement. Les années 2007 et 2008 le voient repartir pour une tournée mondiale en tant que DJ en duo avec son fidèle collègue Cut Chemist. Après une longue période de silence passée à peaufiner ses samples, le Californien revient en 2011 produire The Less You Know The Better. La surprise n'est plus au rendez-vous mais ce quatrième album élaboré sur deux années voit les participations de Talib Kweli, Afrikan Boy, Posdnuos (De La Soul), Tom Vek et Little Dragon.

En 2014, DJ Shadow lance son nouveau label Liquid Amber par la sortie d'un EP homonyme auquel participent Bleep Bloop et Ruckazoid. Puis, avec le producteur G Jones, il fomente le projet de trap Nite Skool Klik, dont l'EP paraît en juin 2015. Un an plus tard arrive le cinquième album estampillé DJ Shadow, The Mountain Will Fall. Celui-ci comprend de nouveaux intervenants comme les rappeurs de Run the Jewels et le musicien allemand Nils Frahm.